 |

Certaines personnes seront peut-être surprises de savoir que nous n'avons pas de liste précise des organismes qui vivent dans nos océans. Jusqu'à présent, près de 300,000 espèces marines ont été décrites à travers le monde. Les scientifiques sont en désaccord quant au nombre total d'espèces, y compris celles qui restent à découvrir. Certains pensent qu'il n'y en aurait que 800.000, tandis que d'autres prédisent plusieurs millions et plus encore.
Cette inconsistance est due en partie aux méthodes utilisées pour extrapoler les taux de découverte des habitats nouvellement explorés aux zones océaniques plus larges. De façon générale, notre échantillonnage des grands fonds a été très sommaire et, lorsque de nouveaux habitats sont explorés, on s'attend à y découvrir de nouvelles espèces.
Pourtant, certaines parties des océans ont été étudiées de façon intensive et le taux de découverte de nouvelles espèces y est plus faible. Par exemple, les eaux marines de la Grande Bretagne et de l'Irlande ont été bien étudiées depuis le 18 ième siècle. Des 331 espèces de poissons de la région listées en 1992, seules 17 ont été décrites après 1900. Toutefois, parmi les plus petites formes de vie, on continue à faire de nouvelles découvertes, même dans des environnements relativement bien étudiés. On y a fait récemment la découverte fascinante de deux nouveaux phyla (regroupements majeur espèces) de petits organismes marins. La découverte d'un phylum est vraiment extraordinaire puisque le 1,5 million environ d'espèces décrites sur la planète peuvent être toutes classifiées dans seulement 43 phyla. En 1983, le zoologiste danois, R. K. Kristensen a découvert le phylum Loricifera vivant dans les minuscules espaces des gravillons sédimentaires au large des côtes françaises. Depuis, au moins 10 espèces supplémentaires ont été décrites (et des centaines à l'étude selon les rumeurs!), y compris des organismes vivant dans les zones côtières d'Amérique du Nord. Et en 1995, dans le Kattegat entre le Danemark et la Suède, un autre nouveau phylum (Cycliophora) a été découvert, vivant sur les soies buccales du homard norvégien et se nourrissant des déchets des repas du homard.
Cela ne veut pas dire que seules les plus petites formes de vie restent mystérieuses. Aussi récemment que 1991, une nouvelle espèce de baleine à bec ( Mesoplondon peruvianus ) a été décrite au Pérou et il est vraisemblable que d'autres restent à découvrir. L'exemple le plus célèbre d'une nouvelle découverte est le coelacanthe ( Latimeria chalumnae ), souvent appelé le “fossile vivant”. On pensait que la lignée du coelacanthe s'était éteinte il y a 80 millions d'années lorsqu'un spécimen vivant a été ramené à terre par un pêcheur du large de la côte orientale d'Afrique du sud en 1938. Ce spécimen s'est miraculeusement retrouvé dans les mains de personnes qui l'ont identifié et alerté la communauté scientifique. Des efforts ont été entrepris pour découvrir son origine et on a finalement identifié une petite population vivant au large des côtes des îles Comores entre la Mozambique sur le continent africain et Madagascar, où cette espèce a été péchée suffisamment fréquemment pour qu'on lui donne un nom en langue autochtone. Juste récemment, une seconde population a été découverte au nord des Célèbes. Cette seconde découverte a été depuis décrite comme une nouvelle espèce, Latimeria menadoensis , par évidence génétique. En 2000, une troisième population (peut-être une autre espèce?) a été identifiée dans la zone de protection marine de St. Lucia sur la côte nord-est d'Afrique du sud. Le nombre total de coelacanthes peut dépasser les 100.000. Il est clair qu'il reste tellement de choses à apprendre sur la vie des océans.
Extrait de:
Kenchington, E. 2002. The Effects of Fishing on Species and Genetic Diversity, The Reykjavik Conference on Responsible Fisheries in the Marine Ecosystem, October 1-4, Reykjavik , Iceland . In: M. Sinclair and G. Valdimarson (eds.). Responsible fisheries in the marine ecosystem. CAB International.
|
 |